“Je me trouve belle.”
L’arrogance ou l’insécurité?
Peut-on se donner le droit de dire « Je me trouve belle » sans avoir à choisir entre les deux?
Et surtout, sans attendre d’avoir un corps « irréprochable » à mes propres yeux pour m’accorder de l’amour. Et de toute façon… c’est quoi, ça, un corps irréprochable?
Cette photo a été prise pendant la retraite du mastermind Expansion de La Planificatrice (Émilie Viens), lors d’un photoshoot avec Geneviève Lesieur.
Quelques jours plus tard, Émilie nous a proposé un exercice puissant, mais tellement rempli de douceur : Quelle photo avons-nous eu le plus de difficulté à apprécier?
Je savais exactement laquelle choisir.
Celle-ci.
Parce qu’au début, j’ai surtout vu : Trop coloré. Trop décolleté. On voit trop mes formes. J’ai l’air fatiguée. Je n’aime pas mes yeux. On voit mon ventre.
Puis l’exercice m’a poussée à regarder la photo autrement.
Ma robe est colorée. Je suis colorée. J’ai une personnalité qui prend de la place, qui rit fort, qui voyage, qui bouge, qui essaie, qui se plante parfois et qui recommence.
Oui, mon poitrail est mis en valeur, petit clin d’œil à Véronique. Non, je ne trouve pas ça de mauvais goût. Oui, on voit mes formes. Parce que j’ai des formes.
Et pourtant, malgré tout ça, quelque chose continuait de me déranger chaque fois que je regardais cette photo.
Cette photo a pourtant fait l’unanimité auprès de mon entourage. Ma famille, mes amis, mes collègues du mastermind…
« Cette photo, c’est toi. »
Et ils ont raison. Cette image, c’est moi. C’est mon énergie. C’est ce que je dégage.
Alors peut-être que ce qui me dérangeait n’était pas vraiment la photo. Peut-être que c’était de me voir aussi clairement.
Pourquoi est-ce si difficile de dire « je me trouve belle »?
On dirait parfois qu’il faut choisir son camp.
Soit tu ne te trouves pas assez belle, et on s’empresse de te convaincre du contraire : « Voyons donc… t’es magnifique! »
Soit tu oses dire que tu te trouves belle, et une autre petite voix apparaît : « Pour qui elle se prend, elle? »
Comme si l’humilité devait obligatoirement passer par le doute. Comme si s’aimer ouvertement était un peu trop. Comme s’il était plus acceptable de se critiquer que de se regarder et de simplement penser : Oui. Je me trouve belle.
Je trouve ça fascinant. On encourage les femmes à avoir confiance en elles, mais pas trop. À aimer leur corps, mais sans trop le dire. À prendre leur place, tout en s’assurant de ne jamais donner l’impression qu’elles pensent occuper trop d’espace.
Et quelque part là-dedans, plusieurs d’entre nous ont appris à croire que se critiquer était une forme d’humilité. Que minimiser nos qualités nous rendait plus sympathiques. Que recevoir un compliment devait automatiquement être suivi d’un « oui, mais… ».
La culpabilité de ne pas aimer son corps
Je ne veux plus me cacher derrière la culpabilité de ne pas toujours être bien avec mon corps.
Parce que je sais que je ne suis pas la seule à avoir déjà pensé : « Je ne devrais pas me plaindre. Les gens me considèrent en forme. Il y a pire. »
Cette phrase-là est sournoise. Comme si notre apparence extérieure invalidait automatiquement nos insécurités. Comme s’il fallait avoir un certain type de corps pour avoir le droit d’entretenir une relation difficile avec lui. Comme si être perçue comme « en forme » devait nous protéger de toute comparaison, de tout complexe, de toute mauvaise journée devant le miroir.
Ça ne fonctionne pas comme ça.
Notre relation avec notre corps n’est pas toujours rationnelle. Elle se construit avec les standards auxquels nous avons été exposées, les commentaires reçus au fil des années, les environnements sportifs dans lesquels nous avons évolué, les images que nous consommons et les attentes qu’on finit parfois par intégrer sans même s’en rendre compte.
Et surtout, elle évolue.
Aimer son corps ne veut pas dire tout aimer, tout le temps
Je crois aussi qu’on confond parfois l’amour de soi avec une sorte d’état permanent de satisfaction.
Comme si aimer son corps voulait dire ne jamais souhaiter qu’il soit différent. Ne jamais avoir de complexe. Ne jamais se regarder sous un angle moins flatteur et grimacer un peu. Ne jamais avoir une journée où l’on se sent moins bien dans sa peau.
Mais ce n’est pas ça que j’apprends.
Je peux aimer mon corps et avoir des journées où je l’aime moins. Je peux me trouver belle sans aimer chaque photo de moi. Je peux reconnaître certaines insécurités sans leur donner le pouvoir de définir toute la manière dont je me perçois.
Je peux vouloir prendre soin de mon corps, le rendre plus fort, développer certaines capacités, améliorer ma santé ou simplement me sentir mieux, sans que cette volonté parte nécessairement d’un rejet de ce qu’il est aujourd’hui.
Et ça, pour moi, fait toute la différence.
Parce que prendre soin de soi à partir de la haine de soi et prendre soin de soi à partir du respect de soi peuvent parfois donner des actions qui se ressemblent de l’extérieur : bouger, manger différemment, dormir davantage, devenir plus forte.
Mais l’endroit intérieur d’où partent ces actions n’est pas le même.
Continuer à évoluer sans attendre de s’aimer
Aujourd’hui, je regarde cette photo et je vois encore mes formes. Je vois encore mes traits fatigués. Je vois encore certaines choses que j’aurais autrefois voulu corriger.
Mais je me vois, moi aussi.
Je vois la femme que je suis devenue. Je vois mon énergie, ma personnalité, toutes les choses que ce corps me permet de vivre.
Et ça me plaît.
Peut-être que l’amour de soi ressemble davantage à ça. Pas à une absence complète de complexes. Pas à une confiance inébranlable tous les jours. Mais à la décision de ne plus conditionner notre valeur à notre capacité à correspondre parfaitement à l’image que nous avions imaginée.
Continuer à évoluer, oui. Prendre soin de soi, oui. Avoir des objectifs, absolument.
Mais sans passer notre vie à attendre une meilleure version de nous-mêmes avant de nous donner le droit d’aimer celle qui est déjà là.
Aujourd’hui, je peux regarder cette photo et le dire : Je me trouve belle.
Et j’aimerais qu’un jour, cette phrase-là n’ait plus besoin d’être courageuse à dire.